Bof, s’exclame Thibaud en culbutant une canette de bière bosselée. Il se déçoit de ses propres souvenirs. Non, il n’était pas si grandiose, ce petit appartement qu’il avait loué, pour finir ses études. Et la petite femme qui l’y accompagnait, toute menue, et aux seins inamovibles, parce que si petits, et aux charmes discrets, aux lèvres demandantes! Qu’est-elle devenue? Thibaud se dit qu’il aimerait bien la revoir. Mais cela implique trop de démarches, trop de mots. Peut-être ira-t-il remuer le lieu de leur nid, situé, il s’en souvient, au fond d’un cul-de-sac. C’est le mieux qu’il puisse faire sans risquer gros : oui, les lieux restent muets, ne se plaignent pas d’avoir été quittés.
Ah, quelle déraison que de songer à elle, maintenant, si tard dans la vie? Qu’est-elle devenue, qu’est-elle devenue? Pas grand-chose, forcément, comme tout le monde.
*
Voilà donc le Vieux-port! Rien de bien bouleversant! Et Thibaud marche encore, et encore, sur la berge sans fin du fleuve. L’inutilité le gagne, le calme, l’anesthésie comme un opium. Thibaud se perd, plein de joie, dans son insignifiance. Rien à faire, rien à dire; qu’il est bon de n’avoir aucun faix sur les épaules! On sent que l’on pourrait mourir sans déranger personne.
Un instant Thibaud s’arrête et contemple l’eau gisante d’une rade. Elle s’est étendue comme un édredon d’encre. Ahah! L’idée lui vient de se précipiter dans cette ruine marine, cette mélasse épaisse et endormie.
Chercher à se jeter à l’eau? Oui, nous en sommes rendus là, si reculés dans l’absurdité. Mais ne peut-on pas, précisément, atteindre foultitude de lieux, de pensées, quand on ne vaut rien? Qui craindrait d’abîmer du toc? Le désespoir fait voyager!
Ah, quelle déraison que de songer à elle, maintenant, si tard dans la vie? Qu’est-elle devenue, qu’est-elle devenue? Pas grand-chose, forcément, comme tout le monde.
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Voilà donc le Vieux-port! Rien de bien bouleversant! Et Thibaud marche encore, et encore, sur la berge sans fin du fleuve. L’inutilité le gagne, le calme, l’anesthésie comme un opium. Thibaud se perd, plein de joie, dans son insignifiance. Rien à faire, rien à dire; qu’il est bon de n’avoir aucun faix sur les épaules! On sent que l’on pourrait mourir sans déranger personne.
Un instant Thibaud s’arrête et contemple l’eau gisante d’une rade. Elle s’est étendue comme un édredon d’encre. Ahah! L’idée lui vient de se précipiter dans cette ruine marine, cette mélasse épaisse et endormie.
Chercher à se jeter à l’eau? Oui, nous en sommes rendus là, si reculés dans l’absurdité. Mais ne peut-on pas, précisément, atteindre foultitude de lieux, de pensées, quand on ne vaut rien? Qui craindrait d’abîmer du toc? Le désespoir fait voyager!
2 commentaires:
Promenade du soir est - taratatam - l'inauguration officielle de la participation d'un nouveau membre de notre groupe sélect d'écrivains sérieux et pratiquants. J'ai nommé: Simon Auclair. Monsieur Auclair fut sacré lauréat au Prix du Jeune Écrivain 2007, pour le texte "El Paradisio". Maniant la plume aussi facilement que le AK-47, jouant avec les mots aussi bien qu'avec la vie de ses GI-JOE, Simon Auclair est un auteur de génie et le Blog Bucolique ne peut que s'enrichir de sa présence.
bienvenue m auclair
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