Elle n'était pas vieille, mais elle en avait l'air. Son visage avait été tranché par trop de larmes et la misère l'avait marquée au-delà de ce qu'un sourire peut effacer. De nombreux caniveaux sillonnaient son visage, par lesquels s'écoulait ce qui lui restait de jeunesse: le nectar des joies oubliées, le souvenir d'une vie meilleure. Elle n'était maintenant plus que le reflet d'elle-même. Il fallait néanmoins qu'elle paraisse une autre, juste pendant une heure. Elle était prête à tout pour se refaire une beauté, même si cela risquait d'empirer les choses par la suite.
Elle examina les produits posés devant le miroir, hésitante, comme si elle les voyait pour la première fois. Était-il sage d'entamer, vu l'état dans lequel elle était, un cycle aussi compliqué? D'un geste las et résigné, elle finit par saisir le fond de teint. Autant en finir tout de suite. Sans pitié, d'une main brutale, elle s'asséna de grands coups de poudrette. Son visage fut bientôt recouvert d'une épaisse couche mate. Les rides étaient moins visibles, mais ses yeux et sa bouche fanés trahissaient sa laideur. Qu'importe ? des traits de couleurs intenses les réhausseraient bientôt. Au moins, on ne dirait pas qu'elle n'avait pas fait l'effort.
Puis, relevant les yeux, elle l'aperçut, elle, cette jeune fille d'antan qu'elle aimait regarder. Grâce aux trois kilogrammes de graisse de phoque qu'elle s'était étendue sur le visage, elle avait retrouvé sa jeunesse. Ça tenait à peu de chose, finalement. Elle aussi, elle pouvait ressembler aux filles fraiches du jour, moyennant quelque artifice. Agrippant sa vieille poupée de chiffon, elle se mit à danser en riant dans la pièce ; elle savait que c'était le dernier moment de folie qui lui serait permis dans les heures à venir. Les meubles écaillés, l'odeur des souvenirs, les joies éphémères, tout disparaissait dans ce tournoiement de l'oubli.
Mais cela ne dura pas. Après quelques pirouettes, elle se rappela qu'elle ne s'était pas faite belle pour se distraire, ni pour se rappeler sa jeunesse évanouie. Une ombre se posa sur son visage alors qu'elle finissait de préparer ses affaires. Etait-elle vraiment obligée de faire ça? Oui, elle était obligée, c'était le seul moyen de gagner de l'argent. Avant, elle était caissière, mais elle avait été renvoyée "pour cause de fraude". En effet, à la fin du mois n'étaient sortis de sa caisse que les 94% de ce qu'elle affichait avoir vendu, et on la traita de voleuse. Il n'y avait pas d'autre coupable apparent, on la renvoya donc. Après, elle avait longtemps cherché un travail, mais personne ne voulait d'une prétendue voleuse. C'était donc le seul choix qui s'était présenté à elle, et elle avait accepté, ne pouvant plus payer les 700 euros mensuels de son modeste appartement, qu'elle avait déniché dans un quartier malfamé de Paris. De plus, les gens disaient depuis toujours qu'elle avait un don pour la musique, mais elle n'aimait pas être exposée à tous les regards, surtout à ce moment de son existence, où sa beauté était fanée depuis longtemps déjà, et où elle n'était plus un plaisant spectacle pour les spectateurs d'un café-bar comme celui-ci.
Elle se disait bien que son trac était insensé. Sa prestation avait une unique utilité : changer les rôles de ses proches. Son mac était ainsi devenu producteur, son homme de main, éclairagiste, et elle était bien sûr chanteuse sosie de Dalida.
Dalida, elle l'avait aimé depuis petite. Toutes ses chansons. En particulier "il venait d'avoir 18 ans" qui la faisait sourire à travers ses larmes depuis toujours. Mais eux ne le savaient pas. Pensaient qu'elle jouait simplement. Qu'elle simulait.
Elle ajusta une dernière fois la robe en satin à paillettes rouges et mit ses sandales dorées. Elle gagnait ainsi 8cm et demi. Dans le sac à main argenté qu'elle emportait toujours avec elle, elle glissa le petit revolver. Un revolver gris métallique assorti à son sac à main. Coquette jusqu'au bout. Son sourire lui tordait le visage. Elle caressa le revolver à travers la légère étoffe de soie. C'était lui qui le lui avait offert.
Elle examina les produits posés devant le miroir, hésitante, comme si elle les voyait pour la première fois. Était-il sage d'entamer, vu l'état dans lequel elle était, un cycle aussi compliqué? D'un geste las et résigné, elle finit par saisir le fond de teint. Autant en finir tout de suite. Sans pitié, d'une main brutale, elle s'asséna de grands coups de poudrette. Son visage fut bientôt recouvert d'une épaisse couche mate. Les rides étaient moins visibles, mais ses yeux et sa bouche fanés trahissaient sa laideur. Qu'importe ? des traits de couleurs intenses les réhausseraient bientôt. Au moins, on ne dirait pas qu'elle n'avait pas fait l'effort.
Puis, relevant les yeux, elle l'aperçut, elle, cette jeune fille d'antan qu'elle aimait regarder. Grâce aux trois kilogrammes de graisse de phoque qu'elle s'était étendue sur le visage, elle avait retrouvé sa jeunesse. Ça tenait à peu de chose, finalement. Elle aussi, elle pouvait ressembler aux filles fraiches du jour, moyennant quelque artifice. Agrippant sa vieille poupée de chiffon, elle se mit à danser en riant dans la pièce ; elle savait que c'était le dernier moment de folie qui lui serait permis dans les heures à venir. Les meubles écaillés, l'odeur des souvenirs, les joies éphémères, tout disparaissait dans ce tournoiement de l'oubli.
Mais cela ne dura pas. Après quelques pirouettes, elle se rappela qu'elle ne s'était pas faite belle pour se distraire, ni pour se rappeler sa jeunesse évanouie. Une ombre se posa sur son visage alors qu'elle finissait de préparer ses affaires. Etait-elle vraiment obligée de faire ça? Oui, elle était obligée, c'était le seul moyen de gagner de l'argent. Avant, elle était caissière, mais elle avait été renvoyée "pour cause de fraude". En effet, à la fin du mois n'étaient sortis de sa caisse que les 94% de ce qu'elle affichait avoir vendu, et on la traita de voleuse. Il n'y avait pas d'autre coupable apparent, on la renvoya donc. Après, elle avait longtemps cherché un travail, mais personne ne voulait d'une prétendue voleuse. C'était donc le seul choix qui s'était présenté à elle, et elle avait accepté, ne pouvant plus payer les 700 euros mensuels de son modeste appartement, qu'elle avait déniché dans un quartier malfamé de Paris. De plus, les gens disaient depuis toujours qu'elle avait un don pour la musique, mais elle n'aimait pas être exposée à tous les regards, surtout à ce moment de son existence, où sa beauté était fanée depuis longtemps déjà, et où elle n'était plus un plaisant spectacle pour les spectateurs d'un café-bar comme celui-ci.
Elle se disait bien que son trac était insensé. Sa prestation avait une unique utilité : changer les rôles de ses proches. Son mac était ainsi devenu producteur, son homme de main, éclairagiste, et elle était bien sûr chanteuse sosie de Dalida.
Dalida, elle l'avait aimé depuis petite. Toutes ses chansons. En particulier "il venait d'avoir 18 ans" qui la faisait sourire à travers ses larmes depuis toujours. Mais eux ne le savaient pas. Pensaient qu'elle jouait simplement. Qu'elle simulait.
Elle ajusta une dernière fois la robe en satin à paillettes rouges et mit ses sandales dorées. Elle gagnait ainsi 8cm et demi. Dans le sac à main argenté qu'elle emportait toujours avec elle, elle glissa le petit revolver. Un revolver gris métallique assorti à son sac à main. Coquette jusqu'au bout. Son sourire lui tordait le visage. Elle caressa le revolver à travers la légère étoffe de soie. C'était lui qui le lui avait offert.
10 commentaires:
x) heheh
nan mais quand même, y'avait les fenêtres! ohlalaaaa :)
bouhouhouhou.. je peux pas écrire!!!
ouais, en fait, je m'étais habitué à ne plus voir ma grosse face!
J'ai eu peur en rentrant...
Il faudrait trouver un moyen de se rappeler qui a écrit quoi, mais en gardant le texte lisible. Les noms en début de chaque ligne, c'était effectivement un peu lourd... qqun a une idée lumineusement claire et pas obscure ni ténébreuse ?
peut-être qu'on pourrait mettre seulement nos initiales entre parenthèse au début des phrases, ça serait moins long donc moins illisible...
En fait, en y repensant, je me suis dit : on veut faire un texte en commun, et pas ajouter une liste de contributions personnelles répertoriées. Donc est-il bien nécessaire de savoir qui a écrit quoi? Enfin à part pour nos futurs biographes ;)
Si vous êtes d'accord, pour moi on peut laisser tomber toute marque de qui a écrit quoi.
Je suis d'accord, et selon la conversation que j'ai eu avec Samir, il est d'accord aussi, et bla bla bla bla bla. En y pensant bien, ce blog est entre autre pour nous un outil d'exercice d'écriture, et non pas un travail fini que nous voulons éventuellement publier, alors à quoi bon le crédit?;j
Je suis aussi d'avis qu'on fasse un effort pour assurer une continuité entre les phrases, sinon ça ressemble plus à un poème qu'à une histoire. On peut jumeler notre phrase à la dernière si on veut, en remplaçant le point par une virgule, etc.
ouais, tout à fait d'accord, mais laisser tout de même des marques importantes : si quelqu'un fait un nouveau paragraphe, ou autres.
ben oui... =+)
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